Les animaux de la 8

Interview Fabienne Rimoux, famille d’élevage de Nanou.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir famille d’élevage ?

Je n’y avais pas du tout pensé au départ. J’étais famille d’accueil de Nanou, qui était destinée à devenir chien guide. Elle avait tellement de qualités qu’elle est devenue chienne d’élevage, en espérant que la génétique parlerait, et que ses petits deviendraient d’excellents chiens guides.

J’avais déjà été famille d’accueil pendant un an, et je pensais m’engager à nouveau pour la même durée. Dès son premier stage à l’école, les qualités de Nanou ont attiré l’attention de l’équipe. Devenue rapidement une première de la classe, elle a passé des tests supplémentaires et l’École a décidé que ce serait une future maman de chiens guides.

Lorsqu’on m’a annoncé cette décision, il m’a été proposé de la garder. J’ai tout de suite dit oui, j’étais ravie, après avoir vérifié auprès de mon employeur que je pourrais toujours venir au bureau avec elle, évidemment.

Quand on prend un chien en famille d’accueil, on sait qu’à un moment ça va s’arrêter. Et même si on le sait, c’est toujours un moment difficile… Quand j’ai appris qu’on pourrait continuer à vivre ensemble, j’étais vraiment très heureuse.

Fabienne et les chiots de Nanou au centre d

Parlez-nous de Nanou, maman de chien guide.

Quand on décide de devenir famille d’élevage, on n’a que des premiers de la classe, puisqu’ils ont été sélectionnés parmi les meilleurs. Nanou ne rencontre aucune difficulté au quotidien, elle surmonte sa sensibilité, elle est facile comme tout. J’aime bien dire que c’est le chien pour les nuls, celui qui fait tout bien, comprend tout, qui est intelligent, docile, obéissant…

En plus, Nanou est une maman super douce, super gentille avec les bébés ! Je n’y suis pour rien mais je suis très fière, c’est une maman incroyable. J’ai appris qu’à deux mois ses petits étaient propres la nuit grâce à son enseignement, et j’étais un peu comme une maman très fière des performances de ses enfants.

Elle est d’autant plus incroyable que cet été, alors qu’une autre maman, Noya, était malade, elle a adopté ses petits en moins de cinq minutes. Elle s’est occupée d’eux pendant deux mois et ils sont vraiment devenu ses propres chiots.

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

Il est important de préciser que quand on est famille d’élevage, on s’engage dès le départ à adopter le chien ou la chienne au moment de sa retraite et à lui assurer les mêmes conditions de vie qu’avant.

Au quotidien, on se dit qu’on est utile, que les bébés qu’aura notre chienne pourront guider une personne déficiente visuelle, donc d’une certaine manière on sert cette belle cause. On sait qu’ils seront de formidables compagnons, grâce à leur éducation, mais aussi aux qualités de leur mère, qui continueront, je l’espère, à être transmises.

Lorsqu’on a une chienne d’élevage, on lui met un gilet « maman chien guide » pour sortir, et on nous arrête souvent dans la rue. On parle donc de notre mission, et ça me fait réellement plaisir de parler de ça au quotidien. C’est un peu comme si on avait un panneau publicitaire sur le chien, mais qui permet d’en parler ! Les gens sont curieux, c’est agréable et ça donne de l’espoir.

L’École demande régulièrement des nouvelles précises de la chienne pour vérifier que tout est bon du côté de sa santé. C’est primordial. Quand elle a ses chaleurs je les tiens au courant, il faut s’organiser, l’emmener au CERCA si une portée est envisagée. Des examens doivent être faits pendant quelques jours mais ça reste peu contraignant ! Il faut simplement être disponible au bon moment, mais tout est prévu, sauf exception. Pour moi il y a très peu de contraintes.

La chienne reste entre deux et trois mois au centre d’élevage pour s’occuper de ses petits. Je passe la voir une fois par semaine, puis c’est elle qui choisit lorsqu’il est temps de les quitter ; certaines sont plus à l’aise que d’autres à les quitter à leurs deux mois, d’autres restent jusqu’à leur départ en famille d’accueil. Quoi qu’il en soit, l’élevage respecte le rythme de chaque chienne.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

La naissance des bébés est un moment joyeux et émouvant, et au quotidien on a la chance de vivre avec une chienne qui a énormément de qualités, c’est une compagne gentille, obéissante et en même temps très gaie ! Elle adore jouer, voir les copains. Comme toute personne qui a un chien c’est très bon pour la santé, cela nous permet de sortir, de marcher. Il y a donc à la fois le côté chien guide avec ce sentiment d’utilité, et le côté super chien et compagnon d’exception.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marquée ?

Quand Nanou était en apprentissage, à la maison elle dormait dans son panier, elle n’avait pas le droit de monter sur le canapé, mais je voyais bien que cela lui faisait très envie. Alors, quand j’allais me coucher, je mettais des tabourets et des obstacles pour qu’elle ne monte pas dessus. Lorsque j’oubliais de le faire, bien que je n’aie jamais vu Nanou sur le canapé, et qu’elle m’attendait le matin religieusement dans son panier, une place toute chaude sur le canapé laissait penser le contraire !

Quand elle a été confirmée chienne d’élevage j’ai demandé si elle pouvait monter sur le canapé, et cela a été autorisé, les règles étant plus souples dans cette situation. Je me souviendrais toujours du bonheur de Nanou quand elle a pris place sur le canapé, elle était ravie !

Quel conseil donnerez-vous aux personnes qui souhaitent devenir famille d'élevage ?

De devenir famille d’élevage ! C’est génial, plus facile que famille d’accueil, et on perd la perspective de ne plus être avec son chien. J’ai été famille d’accueil, famille relais brièvement et famille d’élevage, et c’est incomparable bien que chaque forme de bénévolat soit belle et enrichissante.

On vit au quotidien avec un chien hors du commun, j’ai également eu la chance de voir grandir les deux portées de Nanou en plus de sa portée adoptive. C’est gratifiant, c’est magique, et en plus on se sent utile à l’association et à sa belle mission.

Nanou et sa deuxième portée
Nanou en train de lécher un de ses chiots

Deuxième portée de Nanou née en 2022

Interview de Martine Liboz, famille d’élevage de Jasko, labrador sable.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir famille d’élevage ?

Avec mon mari, nous sommes de véritables amoureux des chiens et lorsque notre Golden Retriever nous a quittés nous avons cherché un nouveau compagnon. Nos voisins ont adopté un chien réformé de l’École de Chiens Guides de Paris et je fus séduite par cette option. En me renseignant sur le site de l’association, j’ai découvert la possibilité de devenir famille d’élevage, qui permettait de s’occuper d’un chien à temps plein tout en participant à la mission de l’École. La réunion d’information a confirmé mon désir de devenir famille d’élevage. Ce type de bénévolat nous correspondait vraiment, car j’envisageais mal le fait de me séparer d’un chien au bout de quelques mois. Nous voulions un ami pour la vie et aucune expérience n’était demandée, c'était parfait ! Une fois notre dossier accepté, nous nous sommes lancés dans l’aventure et nous avons accueilli en 2015, le petit Jasko qui venait d’être sélectionné comme reproducteur.

Parlez-nous de Jasko, papa chien guide.

Nous avons eu Jasko à 14 mois et c’était déjà un chien très obéissant. Depuis, il est l’heureux papa de plus de 70 de chiots dont 11 petits nouveaux qui sont nés le 1er février 2022 ! Au total, ce sont 10 portées différentes. Jasko peut être fier, car ce sont 13 chiots, petits chiots et arrière petits chiots qui sont devenus chiens guides ! Parmi eux, la douce Monday, qui accompagne Gisèle depuis plus de 3 ans, et le beau Roan qui vient d’être certifié. Lorsque les bébés naissent, Laetitia nous invite à venir rencontrer les petits de Jasko, c’est toujours un moment attendrissant. 

Jasko et sa famille d

Au quotidien, Jasko est un chien adorable ! Lorsque je l’ai vu la première fois, il est directement venu sur mes genoux, il a un caractère très sociable et il veut tout le temps jouer. Tout le monde autour de nous l’adore, c’est notre « gros bébé ».

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

Nous n’avons pas les mêmes missions que les familles d’accueil, car les reproducteurs sortent du parcours « chien guide ». Nous devons veiller sur lui, être présent, le maintenir en forme et en bonne santé et bien sûr nous le tenir à la disposition de l’École si elle a besoin de lui pour les saillies. Jasko a déjà été reproducteur pour d’autres écoles, comme la maison du chiot à Angers.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

Étant à la retraite, je peux consacrer beaucoup de temps à Jasko, sa présence est rassurante, réconfortante, nous sortons tous les jours et il nous accompagne en vacances. Plus qu’un chien, c’est un compagnon.

Avec nous, il s’épanouit dans le jardin et joue avec mes fils lorsqu’ils nous rendent visite.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marquée ?

La première fois que nous avons ramené Jasko chez nous, lors du dîner il s’est immédiatement mis dans son panier et a attendu la fin du repas pour venir nous rejoindre, on a de suite senti que c'était un chien avec une bonne éducation.

Nous avons plein de drôles d’anecdotes avec lui, c’est un vrai comique. La première fois qu’il a rencontré notre tortue sa réaction de surprise nous a fait beaucoup rire et il ne pouvait s’empêcher de lui tourner autour.

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Interview de Valérie Chartier, famille d’élevage de Moïra

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir famille d’élevage bénévole ?

Au début je m’étais engagée auprès de l’école en tant que famille relais, puis en tant que famille d’accueil à deux reprises. Je suis maintenant famille d’élevage depuis trois ans. Cela s’est fait un peu par hasard. J’étais la famille d’accueil de Monoï, qui est la sœur de Moïra. Monoï devait faire des tests pour devenir reproductrice et finalement c’est Moïra qui a été sélectionnée. Sa famille d’accueil ne souhaitant pas devenir famille d’élevage, nous nous sommes alors proposés. Cela nous plaisait et nous donnait l’opportunité de garder un chien tout en restant actifs auprès de l’Ecole. Je fais également depuis quelques années des sensibilisations pour l’Ecole, étant ambassadrice.

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

Les exigences sont moindre  en tant que famille d’élevage que famille d’accueil dans le domaine de  l’éducation,  mais Moïra doit rester calme et à l’aise dans toutes les situations. Nous devons  prévenir l’école lorsque Moïra a ses chaleurs et rester disponibles si besoin à ces moment-là pour une éventuelle saillie.

Moïra et sa famille d

En tant que maman de chiens guides, Moïra peut continuer à aller dans tous les lieux lorsqu’elle porte son dossard. Elle nous accompagne partout afin qu’elle puisse continuer à faire valoir ses qualités de chien d’exception, étant la première éducatrice de ses chiots.

En règle générale, le nombre de portées est de trois sauf si la chienne a eu de très petites portées. Moïra a eu dix petits à sa première portée, douze à la seconde et sept chiots le 6 mai dernier. Moïra ne sera donc plus reproductrice mais pourra être appelée en tant que maman de substitution ou pour aider une autre maman qui aura eu une trop grande portée.  

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

Beaucoup de bonheur, car ce sont des chiens exceptionnels et cela nous permet aussi de continuer à collaborer avec l’école. Lorsque Moïra sort avec son dossard, cela interpelle beaucoup de personnes et suscite bien des questions.

Pourquoi vous orienter vers l’École de Chiens Guides de Paris ?

On s’est orienté vers l’Ecole de Chiens Guides de Paris car ma belle-sœur, déficiente visuelle, a un chien guide de l’Ecole. C’est elle qui nous a mis le pied à l’étrier. On y rencontre des gens exceptionnels aussi bien au niveau du personnel que des bénévoles. On y partage toujours de bons moments.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marquée ?

Ce qui m’a le plus marquée c’est le moment des mises-bas. A chaque fois, je suis en relation avec Laetitia, la responsable de l’élevage et je fais la mise-bas avec elle en distanciel. J’ai une photo à chaque fois qu’un chiot naît, et me tient informée de l’avancement, c’est un moment incroyable.

Je suis aussi extrêmement rassurée de savoir Moïra là-bas au moment des mises-bas, je sais qu’elle est bien prise en charge. On peut aller la voir assez rapidement et ensuite environ une fois par semaine. Ce qui est intéressant aussi c’est de voir combien les petits sont stimulés dès la naissance, ça ne peut que donner de bons chiens guides. On se rend ainsi compte du rôle important du pôle élevage et du travail fait en amont avec les chiots.

C’est une très belle expérience, l’aventure continue maintenant avec la fille de Moïra, Pisty, qui a validé tous les tests et va devenir à son tour reproductrice pour l’Ecole de Paris.

Bénédicte Kerg, famille d'élevage d'Ouni

C’est une campagne par mail de la Mission handicap de l’Université de Cergy-Pontoise qui a attiré mon attention pour la première fois sur les familles d’accueil de chiens guides. La Mission, souhaitant encourager les  personnels  à accueillir un petit chiot et à devenir famille d’accueil,  était prête à les soutenir activement dans cette démarche. Précisant par exemple que l’accès au campus serait autorisé. Le lycée Pissarro où je travaille à Pontoise a tout de suite été favorable au projet.

Ce courriel m’avait fait réfléchir et je me suis dirigée vers les chiens guides de Paris après avoir croisé une jeune chienne labrador en éducation dans un commerce de Versailles. Elle portait la fameuse veste bleue !

Mon mari et moi avons assisté à la réunion de présentation et, après en avoir discuté avec nos deux filles, nous avons posé notre candidature. Quelques mois plus tard nous avons été contactés pour la remise du chiot.

Avec beaucoup d’émotion nous sommes allés chercher Ouni à Buc. Elle a toujours été une petite boule de poil Ounique à nos yeux ! Elle a effectué pendant sa première année des formations et des mini stages, ainsi que des séjours en famille relais.

Bénédicte et Ouni

Le moment venu, nous nous préparions à la voir partir en éducation. Nous la trouvions appliquée et prête. J’avais remarqué combien Ouni était sage en amphi, en classe, en sortie et qu’elle cherchait toujours à bien faire, nous pensions qu’elle avait beaucoup de qualités - en toute subjectivité évidemment !

C’est alors que nous avons été contactés par le pôle élevage pour des tests afin qu’éventuellement elle devienne maman de chien guide. Surprise, une maman de chien guide !

Nous sommes donc devenus famille d’élevage :

Une maman de chien guide possède beaucoup de qualités et d’aptitudes qu’il faut continuer à entretenir. Elle porte un dossard de maman de chien guide qui lui permet d’accéder aux mêmes lieux que les chiens guides et les chiens en éducation.

Ouni poursuit son travail à mes côtés, il faut le dire : elle adore aller à l’université et au lycée, même si elle ronfle en cours parfois !

Ouni appartient toujours à l'école de chiens guides, cependant elle ne fait plus de stages. Il faut dire qu’elle est parfaite !

L’année dernière, fin juillet 2020, Ouni a eu huit petits labradors noirs, un moment magnifique  que nous avons pu partager grâce à des nouvelles quotidiennes de la formidable équipe de l’élevage.  Nous avons  pu rendre visite à toute la petite famille et avons apprécié de pouvoir contribuer à notre façon à la venue d’une nouvelle génération  de futurs chiens guides.
En congé de maternité, Ouni a manqué la rentrée universitaire et lycéenne de septembre 2020 ! Depuis elle a bien entendu tout rattrapé !


Être famille d’élevage :

  • Poursuivre le travail au quotidien en l’emmenant quasiment partout avec soi  et en veillant à sa bonne santé.
  • Être disponible pour l’élevage et pour les visites chez le vétérinaire pour le suivi gynécologique.
  • Avoir beaucoup d’amour à offrir

Le moment le plus émouvant l’été dernier fut le jour où, venant rendre visite à Ouni et ses petits, nous avons rencontré une bénéficiaire infiniment heureuse de recevoir sa chienne guide, elle a eu des mots forts et prégnants pour témoigner sa reconnaissance à l'école et aux familles d'accueil. Dans tout cela, je crois que c’est à Ouni qu’il faut dire Merci !

Merci aussi pour leur confiance à toute l’équipe élevage de Buc ainsi qu’à mes employeurs de l’Université de Cergy Pontoise CYU et du Lycée Pissarro de Pontoise,  et bien sûr merci aux chiens guides.

Famille d'élevage