Photo de Dimitri, instructeur en locomotion à l’École de Chiens Guides, photographié avec Taoki, un labrador de couleur sable situé à sa gauche.

 

Interview de Dimitri, instructeur de locomotion à l’École de Chiens Guides de Paris

Dimitri explique que son métier consiste à accompagner des personnes aveugles ou malvoyantes dans l’apprentissage de leurs déplacements. L’objectif est qu’elles puissent se déplacer seules, en toute sécurité et avec confiance, dans leur environnement quotidien ou dans des lieux nouveaux. Concrètement, il enseigne des techniques d’orientation et de mobilité, que ce soit à la canne blanche ou, pour certaines personnes, en préparation à l’arrivée d’un chien guide.

Ses principales missions au sein de l’École commencent par une évaluation des capacités de déplacement de chaque personne : audition, sens de l’espace, mobilité, mémoire du trajet…

À partir de cette analyse, il propose un programme d’apprentissage personnalisé. Les séances peuvent porter sur plusieurs aspects : traverser une rue, contourner des obstacles, reconnaître des repères sonores et tactiles, ou encore utiliser des outils comme le GPS.

Son rôle est aussi de préparer les futurs bénéficiaires de chiens guides à cette transition : avant d’avoir un chien, il faut déjà maîtriser certaines bases de locomotion, car le chien ne guide pas seul ; c’est un véritable travail d’équipe entre la personne et l’animal.


Son travail est entièrement personnalisé. Chaque personne est différente : type de déficience visuelle, âge, rythme d’apprentissage, lieu de vie… L’accompagnement doit donc s’adapter à chacun.

Il peut intervenir en intérieur, dans des couloirs, ou en extérieur dans des environnements urbains plus complexes : trottoirs étroits, passages piétons bruyants, escaliers, transports… L’objectif est que la personne apprenne à se sentir en sécurité, quel que soit le lieu.

La confiance est un élément essentiel de son métier. Beaucoup de personnes qu’il accompagne ont perdu confiance en leurs capacités de déplacement après la perte de la vue. Il s’agit donc de leur redonner cette confiance, pas à pas.

Ce n’est pas uniquement un apprentissage technique : il y a aussi un aspect psychologique. La personne doit sentir qu’elle peut reprendre le contrôle de ses déplacements, affronter les imprévus et retrouver une autonomie au quotidien.

Dimitri travaille en étroite collaboration avec le reste de l’équipe de l’École : éducateurs de chiens guides, psychologues et autres spécialistes. Lorsqu’une personne doit recevoir un chien guide, un bilan est réalisé pour s’assurer que tout est prêt.

Après la remise du chien, il peut à nouveau intervenir si la personne déménage, change de trajet ou souhaite renforcer ses compétences de mobilité. Il s’agit donc d’un suivi sur le long terme.

Pour exercer ce métier, Dimitri estime qu’il faut avant tout être patient et à l’écoute. La pédagogie est essentielle car chacun apprend à son rythme. Il faut être observateur, savoir analyser une situation de déplacement, repérer les blocages et proposer des solutions adaptées.

Il faut également apprécier le terrain, puisque le travail s’effectue beaucoup dehors, quelles que soient les conditions météo. Enfin, un véritable sens du relationnel et de l’empathie est indispensable, car il partage des moments de grande confiance avec les personnes qu’il accompagne.

Dimitri décrit ce métier comme étant à la croisée du social, du sensoriel et de la technique. Il permet d’apprendre à connaître l’humain autant que l’espace dans lequel il évolue.

À l’École de Chiens Guides de Paris, son travail s’inscrit dans une véritable chaîne de solidarité : du chiot éduqué à la remise du chien guide, tout est fait pour offrir plus d’autonomie et d’inclusion aux personnes déficientes visuelles. C’est, pour lui, une belle aventure humaine.

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