Interview de Sandrine, famille d'accueil et bénévole.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir bénévole auprès de l’Ecole de Chiens Guides de Paris ?

J'ai tout d’abord cherché à être utile à quelqu'un, à quelque chose, et à ne pas uniquement rester dans mon quotidien au travail. Dans le cadre de compétitions d’escrime  j'ai eu l’opportunité de rencontrer une personne membre du conseil d’administration de l’École des Chiens Guides de Paris. Elle m’a vivement conseillé d’accueillir temporairement un chien guide, pour me sentir utile tout en comblant mon besoin d’évoluer avec des chiens. Un combo gagnant ! J’ai alors pu visiter l’École, rencontrer l’équipe, puis accueillir mon premier chien, Jawa.

Mon plus grand plaisir est de voir le chien que nous avons eu en tant que famille d’accueil devenir chien guide. C’est super de voir que tous les maillons se sont bien enchaînés pour que le chien arrive là où il est aujourd’hui.

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

J’ai eu ma première chienne, Jawa, en 2014. J’étais alors famille relais dans le but de prendre peu à peu mes marques et d’adopter les bons réflexes avec les différents chiens. Dans la suite de cela, j’ai pu accueillir Lenji, le premier chiot que j'ai eu en tant que famille d'accueil. Depuis, j’alterne entre relais et accueil, et c’est ce que je recherche ! Si l’École a besoin de moi, ne serait-ce pour qu’une ou deux journées, je réponds présente.

Combien de chiens avez-vous eu en tant que  famille d’accueil ? Combien sont devenus chiens guides ?

22 chiens sont passés par chez moi, pour huit d’entre eux nous avons été  famille d’accueil. Odyssée et Pringles sont les derniers qui sont devenus chiens guides et ont accompagné des personnes déficientes visuelles au quotidien. En ce moment, c’est Sako, un jeune chien particulièrement adorable et expressif, qui partage notre vie.

Sandrine et Odyssée chien guide

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

Quand on est avec un élève chien guide, on crée beaucoup de liens avec les gens dans la rue et dans les lieux publics en général. Beaucoup de gens aiment les chiens et portent de l’intérêt à l’activité de l’École. On me demande souvent si ce n'est pas trop dur de devoir rendre le chiot au bout de neuf mois ; en effet, on oublie parfois qu'il ne restera pas longtemps à nos côtés, mais on le sait et on le fait en pleine conscience,  cela nous permet de faire passer un message sur le principe du bénévolat.

Il y a une confiance qui se met en place, l’équipe de l’École est soudée autour de la cause des chiens guides. On a tous le même objectif, former des guides, tout en étant dans le respect du chien. Les bénévoles doivent porter cette parole en montrant que les chiens guides se sentent très bien et  vont à l’École avec plaisir.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marquée ?

A la Journée portes ouvertes, on tenait le stand de l'agility, sur lequel les chiens guides venaient s’exercer. Lorsque j’ai proposé à une dame déficiente visuelle d’essayer le parcours, elle m'a dit que son chien guide n’en serait pas capable, mais finalement il a passé les obstacles avec brio ! La dame est sortie le sourire aux lèvres, annonçant que sa chienne était encore plus fabuleuse que ce qu’elle pensait. Cela a resserré les liens entre la maitresse et son chien, et je pense que leur confiance mutuelle s’est également renforcée. Elle a pris sa chienne dans ses bras, c’était un moment particulièrement émouvant.

Interview de Thierry et Arielle

Depuis combien de temps êtes-vous Famille d’Accueil et comment avez-vous connu l’Ecole ?

Arielle : On est Famille d’Accueil depuis cinq ans et c’est cinq années de bonheur avec cinq chiots différents, mais tous attendrissants à leur façon. Ils sont tous sympas et plus beaux les uns que les autres !

Thierry : Dans la rue tous les passants m’arrêtent pour me dire que mon chiot est beau, moi jamais ! (rire)

Arielle : Trois des chiots que nous avons eus sont aujourd’hui chiens guides, un autre a été réformé et la cinquième, Rose, est avec nous depuis le 17 mars. C’est notre première femelle, elle est très câline et nous suit partout, elle est en ce moment-même avec nous pour l’interview, elle y participe d’ailleurs !

Thierry : Pendant les six premiers mois après la remise à une personne aveugle ou malvoyante on évite de voir le chien pour favoriser le contact avec son maître et de ne pas le perturber. On est toujours heureux d’avoir des nouvelles du binôme et nous gardons contact avec les maîtres déficients visuels de nos anciens chiots, de même avec la famille d’adoption de notre petit Okapi.

  • chien-guide-famille-01.jpg
  • chien-guide-famille-02.jpg
  • chien-guide-famille-03.jpg
  • chien-guide-famille-04.jpg

Arielle : Nous avons été sensibilisés au monde du chien guide, il y a plusieurs années, lorsque notre fille, à ses 8 ans, nous a présenté la mère d’une de ses copines qui est déficiente visuelle et accompagnée d’un chien guide. Nous sommes devenus amis et elle nous a parlé des Journées Portes Ouvertes de l’École de Paris. Durant cette journée, nous avons découvert un univers merveilleux et tout le monde a appris quelque chose. Sept ans plus tard, notre fille a eu la chance de faire son stage de 3ème à l’École et à la fin nous avons postulé mon mari et moi pour devenir famille d’accueil. Même si dès le début nous avions déjà très envie de nous engager, nous avons dû attendre que l’un d’entre nous soit disponible, l’environnement de travail de mon mari n’étant pas propice à l’accueil des chiots et mon employeur refusant d’accueillir des élèves chiens guides. Beaucoup de personnes qui souhaitent s’engager comme famille d’accueil ne savent pas que le chiot doit les accompagner partout y compris au travail !

Thierry : Donc, dès que j’ai pris ma retraite on s’est engagés comme bénévoles !  

Quel autre type de bénévolat ?

Thierry : Oui, je fais d’autres types de bénévolat, je suis même pas mal occupé par les chiens guides ! J’aide lors des déménagements des legs et des convois de chiens, dans la joie et la bonne humeur, et je rencontre plein de gens, ce n’est que du bonheur et toujours selon mes disponibilités. Ma femme, fait également des sensibilisations dans les forums des associations, on est contents de participer au rayonnement école.

Arielle : En tant que bénévoles, nous parlons tout le temps et toute l’année de l’École, que ce soit dans le cadre de sensibilisations ou dans la rue ! J’aime me sentir utile !

Pouvez-vous nous faire un retour d’expérience de la dernière JPO ?

Thierry : Nous sommes tous les deux présents comme bénévoles aux JPO depuis cinq ans et nous gardons un très bon souvenir de la dernière !
Moi, j’adore m’occuper des jeux pour enfants, et Arielle est souvent au stand Famille d’Accueil pour répondre aux questions du public et faire des démonstrations.

Arielle : Cette année j’étais à la boutique solidaire qui est située en fin de parcours et je demandais aux visiteurs s’ils étaient contents et tous étaient ravis ! Ils ont eu l’impression qu’ils pouvaient discuter avec les équipes, grâce à la qualité de l’accueil et de l’écoute.  

Thierry : Le matin, j’étais à la sortie, et je rappelais de passer encore  à la boutique solidaire, où Arielle les accueillait et certains se laissaient tenter par des peluches ou boucles d’oreilles, un vrai travail d’équipe !

Arielle : Nous avons apprécié la journée du dimanche réservée aux bénévoles et maîtres de chiens guides, l’ambiance était plus propice à la fête et aux rencontres, cela nous a permis de nous connaître mieux entre bénévoles de l’École et on avait plus de temps pour discuter avec les équipes !
La remise des médailles des chiens retraités et les 100 ans du Dr Klein, l’un des fondateurs de l’école, furent des moments forts en émotion.

Thierry : J’ai encore pleuré (rire) !
Tous les beaux messages des personnes déficientes visuelles, ont fortement ému le public lors des conférences qui rythmaient la journée et c’est dans ces moments-là que l’on sait qu’on sert à quelque chose en tant que bénévole !
On sait que dans quatre ou cinq ans, Monty, le premier chiot que nous avons eu aura aussi droit à sa médaille et forcément en tant que sa famille d’accueil, ça nous touche.

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle de Famille d’Accueil ?

Arielle : Notre mission principale est de rendre heureux notre chiot. Il doit être bien éduqué, bien équilibré et bien dans sa tête.

Thierry : C’est notre rôle d’en faire un super chien de compagnie, avec l’aide des monitrices nous lui enseignons les bases de l’obéissance et les bonnes manières. On lui donne beaucoup d’amour et on l’emmène partout. Si un chiot n’est pas à l’aise dans une situation, on y va progressivement jusqu’à ce qu’il soit rassuré.
Concernant la partie éducation, nous essayons d’être le plus proche possible de celle donnée par les éducateurs et quand on a un doute, à la « hot line » de l’école il y a toujours quelqu’un de disponible pour nous. C’est très confortable de pouvoir se reposer sur les éducateurs quand on est en difficulté, et on se rend compte que c’est un métier qui ne s’invente pas, lorsque nous rencontrons des problématiques qui nous semblent parfois insurmontables, notre monitrice référente les résout rapidement.  

Arielle : Être famille d’accueil est une aventure familiale avant tout, chacun a sa part dans l’éducation des chiots, et chacun à sa spécialité (les câlins, les besoins, l’éducation…) ! On a responsabilisé nos filles dès le début sur le fait que ce ne sont pas nos chiens, mais qu’on va s’en séparer pour les remettre à une personne déficiente visuelle.  

Thierry : D’ailleurs on nous pose souvent la question de la séparation. Pour nous c’est du bonheur  car on connaît la finalité et la joie qu’ils apportent à une personne qui en a vraiment besoin et puis on continue la boucle avec un autre chiot.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

Arielle : La joie au quotidien, il y a des moments de « fête », ça booste le moral, c’est de la « calinothérapie » !

Thierry : On fait également plein de rencontres grâce à nos chiots, on commence à être bien connus dans le quartier ! Au début, la plupart des commerçants nous refusaient l’accès, mais à force de parler, discuter nous les avons fait changer d’avis sur les chiens guides et aujourd’hui nous sommes acceptés partout, certains n’hésitent pas à parler de l’École à leurs clients.

Arielle : Avant on avait du mal à rentrer, maintenant on a du mal à sortir (rire). 
J’aimerais dire aux personnes qui souhaiteraient devenir familles d’accueil, que c’est un engagement ! Au début je n’avais pas imaginé le temps que ça prenait quand on les a chiots, il faut faire attention à eux tout le temps… c’est comme avec les bébés.
Il y a de belles rencontres, nous ressentons également un immense bonheur lorsqu’on découvre la joie sur le visage d’un maître de chien guide qui a un de nos anciens chiots, on les voit heureux et ça nous fait du bien.

Thierry : On apporte du bonheur aux gens et ils nous le rendent bien.

Un souvenir/chien ou un événement qui vous a marqué ?

Arielle : La remise de notre premier chien, Monty !

Thierry : je n’ai jamais autant pleuré de joie et à chaque fois que j’y repense, je pleure…ça nous prend aux tripes !
On était invités à la mairie de Saint-Mandé pour fêter la remise du 1000e, et quelques heures avant de partir nous avons appris sur les réseaux qu’il s’agissait de Monty ! ça a été une grande surprise et beaucoup d’émotion. Nous nous sommes depuis liés d’amitié avec le maître de Monty, et on se voit régulièrement, c’est une amitié qui dure…

Arielle : Un jour le maître de Monty nous a dit « Le plus beaux cadeau que je puisse faire à une famille d’accueil, c’est qu’elle constate que je suis heureux ».

Interview de Marie, famille d’accueil de Ruben

Depuis combien de temps êtes-vous engagée en tant que famille d’accueil ? Combien de chiens avez-vous eu ?

En septembre cela fera cinq ans que je suis famille d’accueil. J’ai eu quatre chiens en famille d’accueil et un chien en famille relais. J’ai eu trois labradors femelles : Mara, Nollie et Pyla. Et en ce moment j’ai un petit golden, mon premier mâle, Ruben, qui a 8 mois.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir bénévole/FA ?

Quand j’étais adolescente, un ami de mes parents était famille d’accueil pour Handichiens. Une fois  jeune adulte et installée dans la vie professionnelle, je me suis renseignée pour être famille d’accueil comme lui. C’est ainsi que j’ai été amenée à prendre contact avec  l’École de Chiens Guides de Paris. Comme je suis institutrice, au départ je pensais être juste famille relais car je ne savais pas que cela était possible d’accueillir un chien dans mon école. Ensuite, à ma réunion d’information,  on a parlé d’un enseignant qui avait un chien dans sa classe. J’ai donc demandé à un membre de l’équipe si je pouvais contacter cet enseignant, j’ai pu lui poser plein de questions. J’ai suivi son exemple et je suis devenue famille d’accueil.
Au départ, c’était plus l’intérêt pour le chien et puis, de fil en aiguille, l’intérêt pour le handicap et le fait de pouvoir aider se sont développés.

  • chien-guide-famille-01.jpg
  • chien-guide-famille-02.jpg
  • chien-guide-famille-03.jpg
  • chien-guide-famille-04.jpg

Comment se passe l’intégration de Ruben avec vos élèves ?

Cela se passe très bien. J’ai une classe de CP dans une école dans le sud de Paris et les enfants sont super contents d’avoir un chien en classe. Sur mes quatre chiens, pour l’instant, il n’y a que Mara qui guide, sa maîtresse est venue deux fois à l’école pour rencontrer les enfants et pour qu’ils puissent revoir Mara.  La présence du chien permet à la fois d’apaiser les enfants, mais aussi de les sensibiliser au handicap. Je suis arrivée là-dedans un peu par hasard, mais c’est vrai qu’aujourd’hui cela m’a vraiment fait prendre conscience des difficultés que les personnes en situation de handicap pouvaient avoir dans leurs déplacements dans leur vie quotidienne. Partager cela avec mes élèves c’est vraiment important pour moi. D’ailleurs j’ai présenté Ruben à tous les élèves de l’école, soit à plus de 300 élèves. J’ai même une maman d’élève qui est devenue famille d’accueil, ça montre que ça a un  impact.

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

Mon rôle est d’emmener le chien partout avec moi, afin qu’il soit à l’aise dans toutes les situations et sociabilisé. J’ai Ruben depuis quatre mois, je l’emmène au travail tous les jours, il est venu en vacances avec moi, il prend tous les transports en commun. Je l’emmène au cinéma, au restaurant, à la salle d’escalade. Il apprend à bien se comporter dans des lieux différents, ainsi quand il ira dans ces lieux avec son maître, il aura le même comportement et sera à l’aise.

On a aussi un rôle pédagogique, faire en sorte que les lieux où l’on se rend avec les chiens les acceptent et qu’ils aient entendu parler des chiens guides.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

Plein de choses. Le fait de se sentir utile, de faire quelque chose pour d’autres personnes. C’est sûr qu’avoir le chien c’est chouette, mais le but c’est de les pré-éduquer pour en faire des chiens guides, pas juste d’avoir un chien de compagnie. Etre bénévole m’a permis de rencontrer plein de monde, au niveau de l’école, moniteurs et éducateurs, avec lesquels partager est très enrichissant. J’ai rencontré aussi des déficients visuels lors des détentes de chiens guides, c’était super intéressant de partager avec eux. Je me suis également fait plein d’amis parmi les familles d’accueil que je vois régulièrement. Sans les chiens guides je n’aurais pas connu toutes ces personnes, que ce soit bénéficiaires, personnels de l’école ou  bénévoles. Et puis, avoir un chien qu’on peut emmener partout c’est quand même top.

Pourquoi vous orienter vers l’Ecole de Chiens Guides de Paris ?

C’est une question de localisation,  j’habite dans Paris donc c’était l’école la plus proche. Maintenant comme j’ai tissé des liens et que je m’entends bien avec tout le monde, je n’ai pas envie de changer, je m’y sens bien.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marqué ?

Ce qui m’impressionne toujours c’est l’accueil que me réservent mes chiens. Quand je les retrouve après plusieurs mois, ils me font toujours une super fête. Je pense notamment à Mara, cela fait trois ans qu’elle guide et à chaque fois qu’elle me voit, elle me reconnaît. C’est vraiment un grand bonheur de voir que, même si on est plus auprès d’eux, ils se souviennent de nous toute leur vie et nous accueillent avec autant de joie.

Interview de Pascal Palmeri, famille d'accueil de Sisco

Depuis combien de temps êtes-vous famille d’accueil de Sisco et quelles sont vos premières impressions ?

Cela fait quelques semaines que j’ai Sisco, un petit berger allemand, et je peux déjà dire que c’est un super chien, « Deutsche Qualität » ! Il se montre très attentif et comprend rapidement ce qu’on attend de lui, c’est facile de le former, je suis assez bluffé !

Juste avant lui, je m'occupais de Rébane que je continue d’accueillir le weekend pour faire la transition. Ça chahute un peu à la maison entre les deux, mais dans une ambiance bon enfant. Ils s’entendent très bien et jouent souvent ensemble.

Quand j’ai appris que Rébane avait réussi son certificat d’entrée en éducation, j’étais très content. Nul doute qu'il allait réussir ! Il a toujours été affectueux sans excès, c’est un chien autonome qui gère bien ses déplacements.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à devenir Famille d’accueil bénévole ?

J’ai été sensibilisé assez tôt à la cécité par un ancien collègue malvoyant avec lequel j’ai souvent échangé sur son handicap. Après être passé plusieurs fois près de l’école, j'ai sauté le pas lors des journées portes ouvertes et rencontré les équipes. Ça a été une évidence pour moi ! Amoureux des chiens, j’ai toujours voulu en avoir un et être famille d’accueil me permettait aussi d’aider la cause, un vrai combo gagnant !

Pascal Palmeri, Sisco et Rébane

Dès le début, je savais que le chien retournerait à l’école une fois son cursus en famille d’accueil terminé. Il est vrai que j’appréhendais ce moment pour mon premier chien, Jump, mais quand il est entré en éducation, j’ai été très fier de lui et, comme l’école m’a remis aussitôt un nouveau chiot je ne me suis pas retrouvé seul ! J’ai eu la chance par la suite d’avoir des nouvelles de Jump, j'ai donc gardé un lien, il a toujours une place dans mon cœur, comme tous les chiots que j’ai eu…

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

En priorité ma mission est de socialiser le chiot vis-à-vis de ses congénères et des humains. La deuxième mission fondamentale est de gérer toutes les premières bases de son apprentissage : être à l’aise dans les transports, avoir une bonne marche en laisse… Mon objectif est de mettre les chiots dans un maximum de situations auxquelles ils seront confrontés avec leurs futurs maîtres.

Parfois dans la rue « l’effet chiot mignon » n’a pas que des avantages. Par exemple, lorsque je suis au caniveau avec un chiot pour lui apprendre à bien faire ses besoins, beaucoup de gens viennent pour le caresser et on a un peu plus de mal à rester focalisé sur ce qu’on doit lui apprendre.

On m’interroge aussi sur le parcours du chien guide. En tant que famille d’accueil nous avons aussi un rôle pédagogique, surtout auprès des enfants qui sont curieux lorsqu’ils voient un chien.

À mon travail, mes chiots sont de vraies petites mascottes aimées de tous, c’est un plaisir d’aller travailler avec eux.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

C’est valorisant, j’ai des retours de maîtres de chiens guides qui sont super contents du travail accompli par tout le monde et c’est très gratifiant. J’aime également la collaboration avec l’ensemble de l’équipe de l’École de Chiens Guides de Paris. Pour résumer, il n’y a que du bénéfice dans ce bénévolat !

Pourquoi vous orienter vers l’École de Chiens Guides de Paris ?

La proximité et j’ai eu le bon contact, le bon feeling !

Un souvenir, un chien ou un événement qui vous a marqué ?

Quand j’ai postulé pour être famille d’accueil, il n’y avait pas de chiot prêt à être remis, mais miracle, un mois après, j’ai eu la bonne surprise qu’on me confie Jump ! Comme c’était mon premier chiot, il y a quelque chose d’unique qui s’est créé. Tous mes chiots m’ont marqué, mais cette première expérience reste inoubliable ! Tout était nouveau pour moi : l’arrivée à la maison, les balades dans le quartier, les consignes à respecter, l’arrivée à mon travail… Une aventure qui perdure depuis six ans, et à chaque fois, je retrouve l’euphorie du début !

Famille d'accueil, la satisfaction d'aider quelqu'un !

Interview d’Audrey Dauxais, famille d’accueil de Rumba

Depuis combien de temps êtes-vous famille d’accueil et combien de chiens avez-vous accueillis ?

Cela fait 7 ans que je suis famille d’accueil et nous avons accueilli 6 chiens.

Quand Rumba est-elle arrivée chez vous ?

J’ai eu Rumba au mois de juillet. C’est un peu particulier car elle était dans une première famille dans laquelle elle n’est restée qu’un mois et demi, puis ensuite elle m’a été remise. Elle a maintenant  11 mois et  c’est une super chienne.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à devenir famille d'accueil bénévole ?

Elles sont multiples. Pendant plusieurs années j’ai travaillé dans une ONG et j’ai préféré en partir  car j’appréciais peu l’envers du décor. Désirant  toujours œuvrer pour une bonne cause,  j’ai souhaité offrir de mon temps plutôt que de mon argent. Là, deux facteurs sont intervenus dans mon choix : je travaille dans le monde de l’art et pour moi la vue c’est primordial pour exercer et d’autre part j’ai grandi  en province, entourée de chiens. Par le hasard des rencontres de la vie, alors que je cherchais toujours pour quelle cause m’engager, un jour j’ai fait la connaissance de personnes qui étaient famille d’accueil et là j’ai tout de suite su où m’engager. Mon amour pour les chiens et la cause de la cécité, c’était un peu le combo gagnant pour que je m’engage.

Audrey et Rumba

Pouvez-vous expliquer vos missions et votre rôle ?

La première mission c’est de familiariser le chien avec l’ensemble des situations auxquelles il sera confronté plus tard dans l’environnement urbain : la circulation, les espaces de vie et de détente, les restaurants, les cinémas, les bars… enfin,  toutes les situations de la vie pour que le chien soit un peu « tout terrain » et soit toujours en mesure de guider son maître sereinement.

La seconde c’est d’en faire un chien qui acquiert les premières bases de l’éducation qui va permettre ensuite aux éducateurs d’évaluer les potentiels du chien : voir s’il est apte à travailler, à être concentré,  à recevoir des instructions, à aller plus loin dans le processus, à répondre à des commandes de base pour avoir un chien obéissant et habitué à ce qu’on le sollicite. En fonction des expériences, du nombre de chiens, on va aller parfois plus loin dans la mission qu’à d’autres moments.

La troisième mission selon moi c’est de sensibiliser l’environnement humain à la cause de l’acceptation du chien guide dans les lieux publics. En tant que famille d’accueil, on est confronté à cela tout le temps. Je considère qu’un endroit où on me refuse avec un élève chien guide alors que je suis voyante, cela veut dire qu’une personne déficiente visuelle se verra également refuser l’accès. Un chien en formation a les mêmes droits qu’un chien guide certifié.

Que vous apporte ce bénévolat au quotidien ?

La satisfaction de faire quelque chose d’utile, quelque chose qui ne soit pas motivé que par l’argent, l’impression de ne pas passer ma vie à travailler uniquement pour moi, mais me dire que je fais quelque chose qui peut aider quelqu’un. Et puis avoir un petit chien avec soi c’est un petit plus, c’est chouette. Aller absolument partout avec son chien c’est quand même une situation que nous envient tous les propriétaires de chiens, c’est une petite satisfaction !

Pourquoi vous orienter vers l’Ecole de Chiens Guides de Paris ?

Tout simplement parce que la famille d’accueil que j’ai rencontrée il y a 7 ans m’en a donné les coordonnées. Aussi, humainement, je me suis tout de suite très bien entendue avec les éducateurs et il y a une éthique dans la manière d’éduquer les chiens que j’aime beaucoup alors je n’ai pas cherché à m’orienter vers une autre école.

Un souvenir ou un évènement qui vous a marquée ?

Chaque chien a un caractère très différent et je ne soupçonnais pas que je pouvais créer un lien si fort et pourtant si différent et tout aussi important avec chaque chien. L’amour qu’on peut leur donner est aussi grand que le nombre de chiens qu’on peut nous confier. On a des chiens pendant un an et ce qui est fort c’est que chaque chien cristallise un moment de nos vies personnelles et c’est un marqueur du temps. La plus grande fierté c’est quand il devient chien guide ou chien d’assistance (lorsqu’il a été réorienté vers une autre mission). La première fois qu’on est confronté à rendre le chien c’est difficile comme expérience, malgré tout. Le côté moins positif c’est d’être confronté à la bêtise des gens quand je dois batailler et faire accepter le chien guide quelque part. Je n’avais pas conscience à quel point la France avait un retard sur l’acceptation du chien guide dans les lieux publics.

Un couple d'instituteurs témoigne...

Une expérience possible grâce à l’accord des Services Académiques de l’Éducation Nationale, et une expérience positive tant pour les élèves que pour le chiot... et l’instit. Nous accueillons depuis la rentrée, notre 5ème chiot.

Premier réflexe des élèves le matin quand ils entrent dans la classe: jeter un coup d’oeil à la place de Juna pour voir si elle est là aujourd’hui  ou si elle est dans “l’autre école” (nous l’avons à l’école, en “garde partagée”,  deux jours en CM1, deux jours en Grande Section).

Juma en classe

Un peu frustrés parfois, quand le chiot quitte sa place pour aller boire... et y retourne vivement, un peu effrayé par le nombre de mains qui veulent la caresser. Mais quelle joie quand elle vient fourrer son nez dans la maison de poupées ou le jeu de construction. Ou qu’en passant elle tire sur un lacet qui était mal noué. D’accord, parfois, on retrouve un dessin ou un ballon un peu mâchouillé: c’est qu’ils n’étaient pas bien rangés dans le cartable. Ou un cri d’enfant pendant la dictée: “elle me lèche les mollets !”

C’est une expérience assez exceptionnelle que d’avoir un chien dans la classe; C’est quand même autre chose qu’un hamster ou un lapin ou des poissons. De là à dire que c’est un peu la mascotte de l’école...

Bien sûr, nous profitons de sa présence pour aborder le comportement à adopter vis à vis des chiens et plus particulièrement des chiens guides d’aveugles, pour faire connaissance avec Louis Braille et son histoire, pour remarquer les petits détails de la vie quotidienne qui avaient échappé: les picots au sol aux angles de rues, les mots écrits en braille sur les boîtes de médicaments, les places réservées dans les transports...

Et certains enfants profitent de sa présence pour dépasser la peur qu’ils entretenaient vis à vis de cet animal. Au bout de quelque temps, ceux qui évitaient le chiot mais qui l’ont vu grandir lui font confiance et tendent la main à son passage, voire même essaient de l’attraper pour lui faire un câlin.

Un peu d’éducatif, un peu de ludique, beaucoup d’affectif... chez les petits comme chez les grands, la présence de la boule de poils à l’école est une expérience enrichissante pour les enfants et pour le futur chien guide qui apprend la patience (la leçon sur la division n’est pas passionnante quand on a 4 pattes !), qui évolue au milieu d’une foule d’enfants lors des déplacements et qui doit subir les assauts répétés des petits qui n’hésitent pas à se mettre eux aussi à 4 pattes pour le suivre plus facilement.

A recommencer et à recommander !       

Florence (en CM1) et Alain (en Grande Section)

Photo de classe avec Juna

Le projet de devenir Famille d’Accueil pour contribuer à l'éducation d’un chien-guide a été mûrement réfléchi au sein de notre famille et nous avons eu l’immense joie d’accueillir Igger, chienne golden retriever, depuis le mois d’octobre 2013, à l’âge de trois mois. 

L’équipe en charge de l’élevage est venue nous l’apporter à la maison et nous a fourni toutes les explications nécessaires pour bien débuter avec ce chiot. Tout au long de ces mois, nous avons partagé avec l’école, les éducateurs et les autres familles d’accueil de beaux moments d’échanges et des expériences humaines uniques. 

Mon quotidien s’est considérablement enrichi avec Igger que j’emmène partout où je vais (courses, restaurants, médecins, transports en commun… et beaucoup de belles balades). Elle est à l’aise partout, aime particulièrement aller chez notre boulanger qui nous a ouvert ses portes avec enthousiasme. Elle est déjà venue faire deux fois les soldes en restant parfaite dans les cabines d’essayage. 

Dans les hypermarchés, elle est la bienvenue et sait être sage. 

Une fois en prenant le RER, avant d'entamer la descente d'escalier, j'ai demandé à Igger de s’asseoir en haut pour marquer le début de cette dernière, et une gentille jeune femme croyant que j’étais aveugle m’a proposé son aide ! Nous pensons vraiment que le chien-guide est un vecteur de lien social et il permet de montrer qu’avec son aide précieuse, chaque personne peut vivre de façon autonome. 

Igger et sa famille d accueil devant le chateau de Versailles

Pour pallier à la demande toujours croissante de chiens-guides, l’école de Paris va ouvrir très prochainement un centre d'élevage et d'éducation à Buc dans les Yvelines et va rechercher activement de nouvelles familles d’accueil. 

Lors de la Fête de Buc qui s'est déroulée le samedi 14 juin 2014, l’école a fait connaître au public son projet et m’a demandé d’être présente pour parler du rôle de la famille d’accueil. J’ai beaucoup aimé rencontrer ces personnes qui s’intéressent à cette activité et souvent la même réaction revenait : « mais vous allez être triste en redonnant la chienne… ». Bien entendu on s’attache à ce merveilleux chien mais l’idée qu’il va être au service d’un homme ou d’une femme qui en a absolument besoin vous permet d’accepter la séparation. 

Valérie et Igger

En allant régulièrement à l’école pour rencontrer les autres familles d’accueil, nous pouvons voir les chiens-guides avec leurs maîtres et c’est juste magique !! Je pense aussi que ce chien est un « chien partagé » car lorsque je retourne à l’école, Igger est heureuse de retrouver sa famille et ça me fait tant plaisir aussi. 

Comme notre famille, contribuez à permettre à une personne déficiente visuelle d'avoir un chien-guide. 

Vous serez fiers de votre mission qui vous comblera au fil des mois. Rejoignez-nous ! 

Valérie Huber